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Se lancer dans la musique - Petit mode d'emploi
Quel projet ?
Chacun a son projet personnel mais il y a plusieurs types d’artistes : les interprètes, les auteurs interprètes, les compositeurs interprètes et les auteurs compositeurs interprètes (ACI). Les grands principes restent les mêmes mais chacun doit adapter son discours et son attitude à ce qu’il a à proposer, avec un objectif commun : toucher l’auditeur.
L’interprète
doit faire connaître et apprécier sa voix et son personnage. Sans capacités d’écriture ou de composition, l’interprète doit arriver à contenir son pire ennemi : le mimétisme. Bien que les voix « standard » puissent être appréciées, notamment dans la Comédie Musicale française, on recherche avant tout la voix unique (chantée ou à moitié parlée, claire ou gutturale, qu’importe…) qui touchera une partie du public. L’interprète a pour objectif de rencontrer directement ou indirectement un ou plusieurs compositeurs et un ou plusieurs auteurs, qui lui construiront son univers musical. Une méconnaissance de la théorie musicale au sens strict n’a jamais empêché une personne sensible à la musique de donner ses indications, son ressenti par rapport à l’instrumentation. Cette parfaite entente entre les créateurs et l’interprète est la clé de chansons réussies.Les auteurs ou compositeurs interprètes
ont déjà commencé à développer leur propre univers par la création, mais il leur manque une composante. Ils doivent la trouver ailleurs, généralement dans leur entourage. Comme l’interprète doit prendre le temps de trouver sa voix et son style en fuyant le mimétisme, le créateur interprète doit prendre le temps de peaufiner ses créations en évitant le suivisme, gardant toujours en tête une volonté d’originalité, même marginale. Il ne s’agit pas de révolutionner forcément la musique, mais d’être certain que ce qu’on propose est vraiment personnel.L’ACI
, lui, arrive avec un projet entièrement ficelé. La variable qui reste est celle des arrangements, sauf dans le cas de compositeurs poly-instrumentistes disposant du matériel nécessaire ou de groupes de musique, et celle du son général. On peut lui demander de modifier son projet dans tel ou tel sens. S’il doit rester ouvert aux avis des oreilles extérieures et faire des concessions, l’artiste doit aussi garder en tête que son projet va de toute façon évoluer, mais que c’est du fond de lui-même que doit venir l’impulsion.En définitive, l’artiste semble être un chef de projet qui mobilise des énergies pour aboutir à un but : l’album. Dans les faits, c’est le travail de l’éditeur (voir ci-dessous) de trouver pour l’artiste les créatifs qui sauront mettre en valeur une voix dans un univers adapté.
Nous ne pouvons que vous conseiller d’écouter avec attention les critiques et de les prendre en compte, elles vous permettront d’évoluer, mais gardez bien en tête que vous avez un objectif, et ressourcez-vous auprès de ceux qui apprécient votre travail (en laissant absolument de côté ce qui relève de la complaisance pure). C'est à des gens comme eux qu'il faudra vendre vos disques, pas à ceux qui n’en veulent pas de toute façon parce que ça n’est pas leur style.
Procéder par étapes
Deux grandes voies sont envisageables. La première consiste à faire une maquette et à la peaufiner au maximum, en y mettant le temps et les moyens, pour présenter le meilleur produit possible. La seconde consiste à faire une maquette moins exigeante, mais à s’en servir de base pour démarcher un maximum de concert. Nous parlons-là du point de départ. Celui qui choisit la première voie sera un jour ou l’autre obligé de présenter ses créations sur scène, et celui qui a écumé les bars devra un jour ou l’autre présenter une maquette de très bonne qualité. Ce choix dépend de vous, de votre tempérament, et des possibilités qui s’offrent à vous (entourage, milieu, nombre de scènes accessibles dans votre région…), et les deux options se valent. A Sing City notre préférence va à la seconde, mais cela dépend aussi du type de musique pratiquée (le r’n’b par exemple s’accommode plus de la première).
Quoiqu’il en soit la première étape identifiée est la réalisation d’une maquette. Chez vous, chez un ami, ou idéalement en studio d’enregistrement. Cette maquette doit vous servir à vous faire connaître, à faire des concerts, à trouver des gens intéressés et prêts à vous aider pour donner de l’ampleur à votre projet.
La maquette
Elle est votre carte de visite musicale. Un interprète fera souvent une maquette de reprises, et nous lui conseillons de choisir des chansons variées qui montrent l’étendue de ses possibilités. Néanmoins, la présence de compositions originales, ou de versions nouvelles de chansons connues est souvent un plus qui permet de limiter la tendance au mimétisme, en mettant la voix en perspective dans un univers nouveau.
Quel est le niveau d’exigence requis ?
Il n’y a pas de règle en la matière, et des albums prestigieux ont été enregistrés avec du matériel peu sophistiqué, mais dans la situation actuelle, dominée par les styles de musique très produits et peaufinés en studio, le son compte beaucoup. Même si chacun sait que les albums du commerce ont été enregistrés en plusieurs semaines et que la voix a été retravaillée, il est préférable d’afficher la meilleure qualité possible. Exit donc les fausses notes qui traînent, les rythmes approximatifs, bref ce qui fait qu’on sent une maîtrise relative de la chanson. Mieux vaut souvent rester dans les limites de ses capacités (sa « tessiture utile ») que s’aventurer dans des prouesses techniquement difficiles. On doit sentir, et la production de la maquette doit y aider, que vous maîtrisez la chanson, que vous la prenez à bras le corps pour vous l’approprier et en donner une vision à la fois personnelle et cohérente. L’aide d’un coach lors de l’enregistrement peut vous y aider.
Combien de chansons doit contenir cette maquette ?
Tout dépend de l’utilisation que vous voulez en faire. Si vous décidez d’auto-produire votre disque, et de faire beaucoup de concerts en attendant une production à grande échelle, vous pouvez vous lancer dans le format album (10-12 chansons). En vendant le disque pendant les concerts vous pourrez récupérer une partie de votre investissement.
S’il s’agit de
trouver un agent
, un éditeur, un producteur au sens large, il est préférable de faire un maximum de chansons pour laisser le choix, en mettant le meilleur dès le début. Si votre but est de passer un casting, ou d’envoyer votre maquette directement aux labels des maisons de disque, nous vous conseillons de ne pas excéder quatre ou cinq titres, et de choisir ceux qui auront le plus fait consensus auprès de votre entourage (constitué pour l’occasion en petit panel d’écoute), ceux qui sont le plus accrocheurs et représentatifs de votre style. Le fonctionnement des directions artistiques des labels, et le nombre conséquent de maquettes qu’elles reçoivent les obligent à une écoute brève et impitoyable. Nul besoin donc de « garder le meilleur pour la fin ». Le premier titre de la maquette doit avoir accroché son auditeur dès le premier couplet-refrain, pour lui donner envie d’écouter chaque chanson jusqu’au bout.Là encore l’originalité est de mise, notamment sur l’habillage, le packaging de la maquette pour qu’elle attire l’attention au milieu d’un carton rempli de disques. L’auteur de ces lignes, à l’époque responsable entre autre des écoutes pour un grand label français, avait renvoyé à son auteur une maquette jugée insuffisante. La maquette est revenue deux semaines plus tard dans un packaging démesuré composé d’une lunette de toilette (la groupe en question faisait de la « musique humoristique ») ! La musique n’a finalement pas convaincu, mais le disque était passé directement sur le bureau du directeur du label.
Pour s’adresser aux labels, il faut
joindre une lettre
dans laquelle vous exposerez votre expérience, votre vécu de musicien. Y a-t-il des arguments universellement efficaces ? Un seul : un grand nombre de concerts qui ont permis de constituer une base de fan motivés susceptibles d’acheter le disque à sa sortie et d’en parler autour d’eux. L’histoire de Nosfell (dont vous pouvez lire les détails dans son interview réalisée par la rédaction de Sing City) est à ce titre exemplaire : un album autoproduit, une quantité exceptionnelle de concerts (organisés à la longue par de grands tourneurs convaincus de la qualité de son travail), une base de fans qui grossit sans cesse et qui pratique le bouche-à-oreille l’ont mené vers des scènes de prestige (festival Rock en Seine, le Parc des Princes pour une première partie) puis lui ont ouvert les portes d’une maison de disque, en l’occurrence V2 Music. Il faut bien comprendre qu’une maison de disque, comme toute entreprise commerciale, cherchera toujours à réduire ses chances de ne pas rentabiliser son investissement. C’est pour cette raison que tant d’artistes sont récupérés par des majors après voir été repérés puis confirmés dans leur aptitude à toucher le public par un label indépendant.Votre maquette peut aussi être envoyée à des managers, éditeurs, producteurs ou labels indépendants, tourneurs ou même journalistes, toute cette myriade d’individus qui gravitent dans le milieu de la musique et peuvent servir de relais dans votre recherche. Vous pouvez aussi tenter de déclencher un « buzz » (voir plus loin).
Les intermédiaires
La fonction de découverte d’artistes n’est pas réservée aux Directeurs Artistiques des majors. Beaucoup d’intervenants du milieu de la musique sont en mesure d’apporter les conseils et les contacts suffisants pour avoir un pied à l’étrier. Ces apports sont de plusieurs ordres :
- Les conseils artistiques. Ils peuvent venir de n’importe qui dispose de deux oreilles et d’un peu de goût. Comme nous l’avons déjà dit plus haut, ce qui importe le plus, ce sont les bonnes raisons (aussi simples soient-elles, mais sans complaisance) des gens qui aiment votre musique, et non les remarques négatives de ceux qui de toute façon n’achèteront pas votre disque. On est dans la subjectivité totale et certaines personnes du milieu pourront trouver toutes les raisons du monde pour critiquer votre musique là où d’autres voudront à tout prix vous signer. Au final, si votre musique ne doit pas convaincre tout le monde, elle doit déclencher l’acte d’achat chez suffisamment de personnes pour donner une consistance à votre œuvre.
- Les conseils pratiques. Chaque acteur du milieu dispose de son propre point de vue, de sa propre expérience et il en a déduit un certain nombre de petits tuyaux pour se faciliter la vie. Les plus utiles restent ceux qui permettent de ne pas se faire avoir une fois dans la place. Il peut s’agir de conseils juridiques (propriété intellectuelle, droit des contrats) ou de conseils plus pratiques sur la manière d’aborder les évènements.
- Les contacts. Pour trouver des concerts, un bon guitariste, un éditeur... Rien n’est à négliger. Pour cela il faut sortir de chez soi, fréquenter les lieux propices, aller à des concerts dans des petites salles ou encore mieux en faire, et faire jouer toutes les connexions qui se présentent à vous pour rencontrer des gens, et faire qu’ils vous en fassent rencontrer d’autres. Comme on l’a déjà dit, il vous faudra montrer une motivation sans faille à tous ceux que vous serez amené(e) à rencontrer, même fortuitement.
Quels sont ces intermédiaires ? Ce sont toutes les différentes parties nécessaires à la bonne marche de l’industrie musicale. Certains individus ou certaines structures cumulent plusieurs rôles.
- Les managers. Ils prennent un pourcentage sur vos gains (concerts, vente de disques…), en échange d’un service. Un conseil : fuir dès que vous sentez que la deuxième partie du contrat risque de ne pas être remplie ! Les managers se rétribuent sur les contrats qu’ils vous trouvent de leur propre chef, grâce à leurs connexions ou à leurs techniques personnelles. C’est la technique la plus efficace : disposer d’un manager introduit dans les directions artistiques des labels multiplie considérablement les chances d’une signature. Les managers peuvent se muer en producteurs, en éditeurs ou en tourneurs.
- Les producteurs. Pris au sens strict, ce sont ceux qui donnent les fonds nécessaires à la réalisation du projet (réalisation de l’album, mais aussi coût des concerts et budget marketing). On trouve de tout : majors, labels indépendants, éditeurs, certains managers, ou tout simplement des gens aisés mélomanes…
- Les éditeurs. Un éditeur a pour mission de rassembler les énergies. C’est lui qui réunit les auteurs, compositeurs, arrangeurs et interprètes autour des différents projets qu’il coordonne. C’est souvent lui qui signe en premier un jeune artiste, après l’avoir découvert par lui-même ou par l’entremise d’un manager. Ce sont enfin les éditeurs qui gèrent les droits d’auteur générés par l’artiste. Les majors disposent bien évidemment de grosses structures d’édition, mais souvent des éditeurs indépendants proposent des contrats de licence aux majors, pour partager avec elles les frais de marketing, et bénéficier de leur puissance de distribution auprès des grandes surfaces et des spécialistes (FNAC, Virgin…).
- Les tourneurs. Ils travaillent en collaboration avec les labels (qui participent au frais des tournées à travers le Tour Support) pour organiser les tournées des artistes, mais ils peuvent aussi « lancer » des artistes émergents par la scène. C’est une piste à ne pas négliger. Souvent, au début de la carrière de l’artiste, c’est le manager ou l’éditeur qui se charge de lui trouver des dates (voir à cet effet l’interview de Jean-Claude Camus sur Sing City).
L’auto-production
Prendre en main le processus complet, et rencontrer son public sans aide extérieure, directement, ça a toujours marché et ça marchera toujours. Il faut disposer de temps, d’un budget, d’une solide constitution et d’une très belle confiance en soi pour affronter les joies, les peines, les désillusions, l’imprévu, les rebondissements, et pour supporter le temps passé à attendre que ça arrive. L’intérêt est justement de prendre le temps de faire les choses bien, et de savoir attendre son heure.
Les étapes sont les mêmes que celles évoquées plus haut, en plus simple : réalisation d’un album, concerts, concerts, concerts et re-concerts ! A cela s’ajoute l’appropriation d’un
espace Internet
(type MySpace, WAT, Skyblog Music…) en guise de vitrine de votre travail. Les possibilités offertes sont diverses : demande de subventions pour l’album, participation à des tremplins, à des castings, essayer de placer sa musique pour une publicité, un générique (le travail habituel de l’éditeur), et surtout on ne le répètera jamais assez, faire un maximum de scènes pour acquérir de l’expérience et fédérer un public. Vous pouvez d’ailleurs appeler directement les salles de concerts de votre région pour leur demander d’occuper les premières parties.Votre disque pourra tout à fait sortir à la FNAC, mais l’utilité est restreinte si le grand public n’a pas les moyens de vous connaître. En revanche, le fait de ne pas être soutenu par une major n’empêche pas les journalistes de parler de vous, et là où une maison de disque pourra faire des pieds et des mains pour faire parler d’un artiste dans la presse, certains artistes débrouillards arrivent à faire directement parler d’eux. A l’échelon régional d’abord (cela suffit à beaucoup), mais si le public répond à l’appel et que votre présence finit par s’imposer, alors tous les rêves seront permis !
En attendant il faut rester motivé et garder sa confiance en soi. Les conseils de Sing City sont là pour vous aider, notamment avec d’autres fiches à venir : droits d’auteur et dépôt des œuvres ainsi que les « buzz » et la stratégie Internet qui développeront plus profondément les techniques actuelles.
